Textes du bulletin du Syndicat d'Initiative des Petites-Dalles
2009

Les champignons en Pays de Cauxpar Xavier Carteret
Avertissement cet article n'a pas pour but d'inviter le lecteur à
déterminer des champignons dans la perspective de les manger. Il ne
s'agit ici que d'une courte promenade mycologique, sans autre
prétention que la découverte émerveillée. Si vous souhaitez consommer
des champignons et n'êtes pas sûrs de vos connaissances, adressez-vous
à un mycologue (voir note n° 8)
« La nature, en particulier quand il
s'agit de champignons, est-elle bête ou intelligente ? Elle est la
nature, un simple jeu de combinaisons. Trouvez donc les champignons où
vous pourrez. »
(André Dhôtel, Rhétorique fabuleuse) |
Une chose est sûre : notre région n'est pas
spécialement célèbre pour ses champignons. Les
grandes forêts (dans la limite du canton de Valmont) sont
absentes, et le terrain, essentiellement acide (1), n'est pas des plus
favorables. Pourtant, on trouve des champignons partout. Et des bons.
Qui sait qu'il existe de belles truffes noires en plein Paris ? Ou de
délicieuses morilles sur les détritus de chantiers ou
dans les vignes ? D'une façon plus générale, il
faut chercher les champignons aux lisières, aux bords des
chemins aérés et fréquentés : au fond des
bois, hormis le son du cor, il n'y a rien.
Evidemment, le catalogue des espèces dépend
étroitement des genres d'arbres présents. Les
conifères sont franchement rares dans la région. Quelques
épicéas émergent autour de Cany-Barvilie. Aux
Petites-Dalles, les pins sylvestres, assez nombreux autrefois, se
comptent aujourd'hui sur les doigts d'une main. Les feuillus dominent
largement, le hêtre - arbre-roi de la Haut-Normandie - étant
le plus répandu. Ceci planté, revenons aux champignons.
D'abord les célébrités, ceux que les
mycophages recherchent et que les mycologues délaissent. Le
cèpe de Bordeaux (Boletus edulis) n'est pas très
fréquent. Mais dès le mois de juin, on récoltera
l'un de ses proches voisins (d'un brun plus pâle, avec le pied
orné d'une sorte de réseau saillant), le cèpe
d'été (Boletus aestivalis). Je me souviens en avoir un jour
aperçu des dizaines, sous de vieux hêtres d'un bord de
route. L'espèce est bonne, un peu sucrée.
Malheureusement, elle est presque toujours dévorée par
les vers. | 
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Mais
avant de récolter le cèpe et ses acolytes comestibles, il
taut savoir reconnaître deux perfides : le très toxique
bolet satan (Boletus satanas), pied rouge
et chapeau blanc, et le très amer bolet de fiel
(Tylopilus felleus), qui est une sorte de cèpe
d'été à tubes rosés. Le premier pousse
exclusivement sur les sols calcaires. Le risque d'une mauvaise
rencontre est donc minime. Le second, par contre, abonde dans la
région. Le bois des Petites-Dalles constitue par exemple son
milieu de prédilection (présence de chênes, de
hêtres, et de houx)... Fermez un oeil sur
le bolet amer, mais ouvrez l'autre, bien grand, pour repérer un
champignon tout différent : la (très mal nommée)
trompette des morts (Craterellus comucopioides). Après les
orages, il arrive que l'espèce envahisse les sous-bois, qui
ressemblent alors à une sinistre plantation de fleurs noires. Le
champignon est réellement en forme de trompette sa chair, un peu
élastique, est en fait d'un bleu ardoisé foncé au
dehors (2). Elle réduit sensiblement à la cuisson, mais
prend une consistance plus ferme, très suave.
Préparée à la crème, la trompette des morts
vaut presque la morille, dont elle a un peu le fumet. Je la
récolte chaque été en masse, je ne vous dirai pas
où... La chanterelle (Cantharellus
cibarius) n'est guère éloignée, dans la
classification, de la trompette des morts. Elle n'en est guère
plus éloignée dans le registre des qualités
gustatives. Beaucoup tiennent ce petit cryptogame jaune, dont la chair
ferme exhale un doux parfum de mirabelle, pour le meilleur de tous les
champignons. Malheureusement la girolle (3) se fait de plus en plus rare (4),
et celle que l'on trouve ici ou là, et toujours en petit nombre,
dans notre région, manque cruellement de parfum (5). J'en connais
deux stations : l'une aux Petites-Dalles, qui ne produit plus qu'un
exemplaire par été (deux les bonnes années) ;
l'autre à Saint-Martin-aux-Buneaux, qui n'est guère plus
florissante. |
Passons rapidement sur les divers
bolets malingres, véreux et insipides (6) qui poussent partout
(regardez dans votre jardin), et cherchons quelques russules. Dans ce
genre (Russula), qui contient environ 350 espèces en Europe, le
critère de comestibilité est des plus simples : quand la
saveur est douce, l'espèce est mangeable. Seulement, il existe
un petit groupe de russules (celui de la russule « feuille
morte ») à chair douce mais extrêmement malodorante.
L'odeur, qui se renforce lentement après la cueillette, est
celle de crevettes mortes... J'ai repéré, non loin de la
Chapelle des Petites-Dalles, une belle station de Russula gilvescens
- espèce rare et controversée -, aux chapeaux splendidement
panachés de rouge, de pourpre et de jaune olive, mais qui,
malgré sa beauté, n'en « pue » pas moins
atrocement (7). Il faut aussi dire un mot de la russule olivacée
(Russula olivacea), très commune dès le mois de juillet
sous les hêtres. Si cette russule est la plus grosse du genre,
elle est également la plus fourbe. D'abord, elle n'est presque
jamais olivacée, mais d'un rougeâtre vineux (par ailleurs,
son pied est souvent lavé de rosâtre et ses lamelles sont
jaunes). Ensuite, bien que douce au palais, il faut éviter de la
consommer, car elle a engendré quelques intoxications, notamment
en Italie. Mais si vous souhaitez cuisiner de la russule cauchoise, je
vous indiquerai deux espèces, courantes et
réputées. La première, au chapeau ardoisé,
se reconnaît d'abord à la consistance unique de ses
lamelles blanches : passez votre doigt dessus, n'hésitez pas
à les presser; vous verrez, tel le roseau de La Fontaine elles
plient mais ne rompent pas (8). On la nomme ordinairement la russule
« charbonnière » et scientifiquement Russula
cyanoxantha. La seconde, sans doute la meilleure des russules, exhibe un
chapeau d'un vert tendre et lumineux, mais qui paraît tout moisi
tant sa surface est gercée, craquelée ou
mouchetée. Ce n'est pas la moisissure d'une vieille confiture,
c'est celle d'un bon Roquefort dont le champignon (mystère des
correspondances de la nature) a volontiers la saveur, en plus
éteinte. Il s'agit de la russule verdoyante, ou Palomet
(Russula virescens). Ces deux espèces sont répandues,
notamment et une fois de plus, sous les hêtres. Si vous
« herborisez » consciencieusement sous ces arbres, durant
l'été (car les russules sont des champignons pour la
plupart estivaux), vous aurez de bonnes chances de les récolter
et de croiser, pour la curiosité, trois autres russules
remarquables : la russule jolie (Russula lepida), dure et rouge comme
une pomme ; la russule languissante (Russula veternosa), chapeau
évasé, rosâtre aux bords, crème au centre,
lamelles jaunes exhalant une forte odeur de miel ; la russule solaire
enfin (Russula solaris),
espèce nettement plus rare de
petite taille, croissant en troupes serrées, couleur de soleil
couchant, à l'odeur finement vinaigrée. Ces trois
champignons sont, malheureusement, d'une comestibilité plus que
médiocre.
Quittons les russules pour des formes fongiques plus
élaborées : les amanites. Avec elles, nous entrons en
même temps days un monde plus excitant pour l'imaginaire. Il
faut, lorsqu'on se penche sur les amanites, avoir en tête la
Divine comédie de Dante. Dans les derniers cercles de l'Enfer,
nous croiserons la mythique amanite phalloïde (Amanita
phalloides), avec son chapeau olive, finement rayé, son
pied blanc orné d'un vaste anneau et chaussé d'une large volve. Dans la
vieillesse, le funeste champignon sent fort la rose fanée :
l'odeur de la mort. Rien n'est plus affreux que l'empoisonnement par
l'amanite phalloïde et ses satellites (9). Une agonie de presque une
semaine, durant laquelle la victime, qui reste parfaitement lucide,
voit ses organes se décomposer inexorablement les uns
après les autres. Le tableau clinique est proche de celui du
choléra... Il y a quelques années de cela, j'étais
tombé, non loin de Sassetot, sur une belle station de
phalloïdes, tout un petit cimetière. Depuis, plus rien
à cet endroit. On peut, certainement, en tirer diverses
conclusions.
Au Purgatoire, le décor est plus terne. Les
amanites comestibles mais peu savoureuses sont pléthore. Citons
trois espèces ultra répandues : l'amanite épaisse (Amanita spissa), l'amanite fauve (Amanita fulva) et
l'amanite citrine (Amanita citrina). La première
possède un chapeau brunâtre maculé de plaques
grises formant une sorte de carte géographique. Son pied est
blanchâtre, flanqué d'un anneau à sa base, quelques
bourrelets mal définis remplacent la volve. L'odeur est celle du
radis, plus noir que rose. Affectionnant les sols acides, vous la
rencontrerez facilement dans la région. Dans tous les ouvrages, cette
amanite est mise au ban des très médiocres comestibles.
Elle conserve pourtant, à la cuisson, sa fine saveur de rave et
je me souviens en avoir un soir cuisiné de succulentes. L'amanite
fauve, souvent donnée comme excellente, me semble au contraire
piteuse d'un point de vue gastronomique. Elle abonde en automne dans
les forets de feuillus au sol acide (elle est donc assez commune en
pays cauchois), et s'identifie aisément par son chapeau d'un
fauve vif (inde nomen), strié sur les bords, et par son long pied
grêle, blanchâtre, dépourvu d'anneau mais chaussé
d'une volve tachée d'orange. La citrine, enfin, avec son chapeau
jaune, son anneau et sa volve, a un passé tourmenté. Autrefois
confondue avec la phalloïde, elle s'est hissée au XXe
siècle, et par la grâce d'un grand banquet de
réhabilitation dressé par la Société
mycologique de France (10), de l'Enfer au Purgatoire. Mais les amateurs, je
crois, continuent et continueront toujours, de l'appeler la
phalloïde... Alors, principe de precaution : ne la cueillez pas,
même si le regard en est saturé dès le mois de septembre
(ici, vous la verrez partout).
Quittons les eaux
troubles, accédons au Paradis. Days le Chant de Dante,
Béatrice y trône aux côtés de Dieu. Dans le
monde des amanites, il y a une déesse : l'oronge (Amanita
caesarea). Malheureusement, sous notre latitude, nous ne la verrons
pas, elle qui n'aime que les chaleurs du midi. Pas de soleil, donc,
mais pour nous, de la neige en gros flocons. Béatrice, la
déesse blanche, s'appelle ici la Solitaire (Amanita solitaria 11) -
ce qui lui va bien. Ce gros champignon blanc (le chapeau peut atteindre
25cm de diamètre), comme enduit de crème fraîche
(touchez l'anneau, par exemple : délicieusement collant), pousse
presque toujours isolé, dans des lieux dégagés, ce
qui fait de sa rencontre une espèce de miracle, ou de mirage.
Pourtant, je suis bien certain de l'avoir vu, une fois aux
Petites-Dalles (en entrant dans le bois par les Lampotes), une autre
fois aux Grandes-Dalles (non loin de l'Espace Simohé). Il est
réputé excellent, comme toutes les belles choses qui sont
rares. Je ne l'ai pas goûté, et je me demande d'ailleurs
qui l'a jamais cuisiné...
Notre petite
promenade est presque terminée. Nous sortons du bois et de ses
lisières. Mais nous n'en avons jamais tout à fait fini
avec les champignons... Rentrons à la maison en suivant le
sentier de falaise. L'herbe, un peu sauvage, abrite encore quelques
espèces : des conocybes, des panéoles, des
galères... Ce dernier nom l'indique, il s'agit de petits
champignons (immangeables) destinés aux mycologues. Cependant,
il y a les marasmes, en particulier le faux-mousseron (Marasmius
oreades), cette petite chose d'un brun cuir, au pied svelte ayant la
particularité de résister à la torsion, qui
dessine des cercles d'un vert foncé (les fameux « ronds de
sorcières ») sur toutes les pelouses. L'espèce est
extrêmement commune, et sur les falaises, au bord des chemins,
j'en ai parfois croisé des dizaines, en masses compactes. Elle
est en outre très parfumée, mais il faut jeter les pieds
qui sont trop coriaces, ce que je faisais déjà
étant petit, quand j'en ramassais pour ma grandmère, qui
les dégustait avec moi (confiance ou inconscience ?). A vrai
dire, pour le mycophage, le milieu des falaises n'est guère
intéressant. J'ai eu la chance, une année, de trouver
quelques coulemelles (Macrolepiota procera) sur la falaise de droite,
aux Petites-Dalles (12). Mais elles étaient avancées et ne
sentaient pas très bon. Elles puaient peut-être autant,
d'une odeur différente, que le rare Agaric de Bernard (Agaricus bernardii), sorte d'énorme champignon de Paris au chapeau
crevassé et à la chair rougissante, qui affectionne les
lieux riches en chlorure de sodium (prés salés,
falaises...). Je crois bien l'avoir rencontré à Etretat,
sur la mythique falaise de gauche, il y a longtemps de cela, face
à l'aiguille, au bord du précipice...
Notre région, me direz-vous, n'abrite dans ses sous-bois
ou sur ses talus que des champignons bien connus, répandus
partout en France. En ce qui concerne les comestibles de
qualité, force est de répondre... oui, et d'ajouter qu'il
manque quelques espèces de choix l'oronge, le cèpe
bronzé (Boletus aereus 13), le lactaire sanguin (Lactarius sanguifluus 14) ou le tricholome terreux (Tricholoma terreum). Mais
pour le mycologue, qui ne peut s'empêcher de prendre la parole,
il y a de belles surprises, et à trois pas de chez lui (avantage
de la mycologie sur la mycophagie). J'ai décrit, des
PetitesDalles, une « espèce nouvelle », trouvée
sous des peupliers en 1998, dans un chemin herbeux perpendiculaire
à la « sente des Douaniers ». Il s'agit d'un champignon
appartenant au genre Inocybe, dont toutes les espèces (ou
presque) sont toxiques, et certaines hallucinogènes. Je l'ai
nommé Inocybe oreadoides, car il évoque assez, par sa
stature et ses couleurs, ce bon vieux faux-mousseron. Il est rare, et
n'a été depuis retrouvé qu'une ou deux fois en
France. Mais ma fierté est d'avoir su, tout bambin, distinguer
ce perfide dans la forêt des marasmes. En vérité,
je ne distinguais pas grand chose, et ma grand-mère, tout compte
fait, eut bien de la chance...
Xavier Carteret (membre de la Société mycologique de France)
1 - La réalité pédologique est naturellement beaucoup plus
complexe. il y a des zones ou l'argile à silex (acide) affleure, et des
zones où c'est la craie (calcaire) qui remonte en surlace. A notre
connaissance, le bois des Petites-Dalles présente un terrain de
surface entièrement acide. Mais, il suffit de se rendre à proximité du
chateau de Sassetot, pour trouver des champignons affiliés aux sols
calcaires ou argilo-calcaires (du moins en surface)...
2 - Il existe des variétés, rarissimes, entièrement jaunes... ou même roses !
3 - Son
second nom vernaculaire, dans l'ordre de la célébrité. Si l'on
rassemble toutes les appellations populaires affectées à ce champignon,
c'est une liste de plusieurs dizaines de dénominations que l'on
obtient. D'où l'utilité évidente des « noms scientifiques ».
4 - « En voie de raréfaction », note Régis Courtecuisse dans le Guide des champignons de France et d'Europe (p. 144).
5
- Pour la simple et bonne raison qu'il ne s'agit pas ici de
l'espèce-type (Cibarius), mais d'une variété, dun jaune constamment
plus terne.
6 - Appartenant au genre Xerocomus. Les bolets
« subtomenteux » (X. subtomentosus) et « à chair jaune » (X. chrysenteron)
sont sans doute les plus représentatifs de ce groupe ingrat. Il faut
toutefois sauver le bolet bai (X. badius), presque aussi commun mais
dont la forme des feuillus est malheureusement bien inférieure, du
point de vue culinaire, à la celle des conifères.
7 - Selon notre ami Bart Buyck, spécialiste du genre Russula au
Muséum national d'Histoire naturelle de Paris, les russules « feuilles
mortes » perdent leur odeur repoussante à la cuisson, et sont même
particulièrement savoureuses...
8 - Ces lamelles (il faudrait dire
« lames », pour bien faire), sont dites « lardacées », car leur
consistance, en outre un peu grasse ou collante, évoquerait soi disant
celle du lard...
9 - Des satellites blancs : l'amanite vireuse (Amanita virosa),
l'amanite printanière (Amanita verna), l'amanite trompeuse (Amanita decipiens). Il existe même une forme blanche de l'amanite phalloïde (fo. alba). Ces beaux champignons immaculés et mortels sont,
heureusement, peu communs.
10
- Cette société, fondée en 1884, a son
siège principal à Paris, 20 rue Rottembourg - 75012. Des
séances de déterminations ont lieu tous les lundis
après-midi. S'y côtoient des mycologues de
tous niveaux, aussi bien que des néophytes. Mais presque chaque
ville,
en France, possède sa société mycologique. Si vous
n'êtes pas sûrs de
votre récolte, ce n'est pas un livre qu'il faut ouvrir, c'est un
mycologue qu'il faut consulter. Le pharmacien, par prudence, vous
conseillera de tout jeter, à moins qu'il ne soit mycologue, ce
qui est
souvent le cas.
11
- Voici ce qu'écrit Pierre Bulliard,
« créateur » de l'espèce, dans le style si vivant
du XVIIIe siècle « Ce
beau champignon n'est pas commun aux environs de Paris, on le trouve au
mois d'août, dans les bois, il croît à l'ombre, il
est très rare d'en trouver deux de la même espèce
dans la même contrée [...] Il a un goût exquis, on
le mange cuit sur le gril avec du beurre et du sel. » (Herbier de la France, 1780. Consultable sur internet : pour l'amanite solitaire, voir pl. 48)
12
- La coulemelle, ou lépiote élevée, n'est pas rare
dans l'intérieur des terres. Il s'agit d'un bon comestible,
à condition de jeter les pieds horriblement fibreux. Les
chapeaux peuvent être rissolés à la poêle,
dans de la chapelure, à la manière des escalopes.
13 -
Cependant, ce superbe cèpe méridional au chapeau presque
noir, meilleur encore que le cèpe de Bordeaux, a tendance, sous
l'effet du réchauffement climatique, à remonter vers le
nord Il est désormais courant en région parisienne. Il y
a à peine dix ans, c'était une rareté.
14 - Il
s'agit, si l'on veut, du véritable « lactaire
délicieux ». Car le Lactarius deliciosus pris au sens
strict, commun en toutes régions sous les pins, nest pas
fameux. C'est par confusion avec les bonnes espèces du groupe,
dont le « sanguin » fait partie, qu'il fut nommé
ainsi. Le lactaire sanguin est une espèce essentiellement
méridionale, associée aux pins.
Indications bibliographiques
: L'amateur de champignons n'a pas besoin de s'encombrer de trente-six
ouvrages. Deux seuls lui seront nécessaires les Champignons
d'Europe occidentale (Arthaud, 1988), par Marcel Bon, et le Guide des
champignons de France et d'Europe (Delachaux & Niestlé,
Paris, 1994), signé Régis Courtecuisse et Bernard Duhem.
Ce livre, qui existe en petit et en grand format décrit plus de
3000 espèces, présentes dans toute l'Europe...
Le Rayon Vert aux Petites Dallespar Pierre-Olivier DREGE
Apparition du rayon vert aux Petites Dalles
C’était
à la fin de l’une de ces belles journées du mois
d’août 2008 telles que les Dallais en rêvent parfois
pendant de longues semaines. L’aiguille du baromètre
semblait bloquée sur très beau temps et l’air
était calme, pas un souffle de vent de mer et un ciel où
les quelques nuages semblaient avoir concentré toutes traces
d’humidité.
Nous étions là à
quelques uns, au rendez-vous du soir, sur la promenade dominant
l’alignement des cabines. Visages connus pour beaucoup, salués
d’un hochement de tête, recueillis dans la contemplation du
disque d’Apollon finissant sa course diurne avant d’être englouti
par l’horizon lumineux. Un horizon qui, ce jour là, était
net et précis comme on le voit rarement en ce lieu où
bien souvent le ciel et la mer se confondent en une fusion indistincte.
La mer, retenant elle même son souffle, était d’un calme
inhabituel dans ce pays d’eaux vivifiantes, toute dansante et
rougeoyante de reflets, et les falaises en arrière plan
s’enflammaient tour à tour.
Le disque du soleil
s’aplatissait déjà dans cette illusion d’optique qui le
fait paraître plus gros que lorsqu’il est au zénith. Les
conversations s’étaient tues dans cette contemplation
émouvante et toujours renouvelée du passage de la
lumière au monde des ombres. Seul un infime morceau du disque
apparaissait encore, accélérant sa noyade. Lorsque tout
à coup, de ce minuscule point, au moment même où
nous l’aurions cru disparu à l’horizon, une fulgurance
émergea, un éclat éteint aussitôt qu’apparu,
d’un vert lumineux à nul autre pareil. C’était le rayon
vert, aperçu pour la première fois pour la plupart,
après en avoir tant parlé, en avoir tant
rêvé.
Les présents à ce spectacle
d’exception se regardaient en silence, dubitatifs encore. Un groupe se
forma lentement pour commenter l’événement, visages
connus et inconnus, Dallais aux nombreux quartiers de noblesse et
hôtes de passage. Tous émus et se congratulant, jurant en
se serrant la main - croix de bois, croix de fer - qu’ils sauraient
témoigner de cet instant unique.
Un phénomène optique bien connu
Mais quel est ce phénomène curieux qui de tout temps enflamma l’imagination des hommes ?
Longtemps,
les férus d’anatomie oculaire et de psychologie
contestèrent la dimension atmosphérique du
phénomène. Ils échafaudèrent telle
théorie fondée sur la persistance rétinienne de la
sensation lumineuse rouge orangée du dernier rayon visible, se
traduisant par l’impression résiduelle de sa couleur
complémentaire, le vert. Cette thèse a toujours cours,
combien de fois ne l’avons nous entendue chez les sceptiques de tous
poils . Or le rayon vert se manifeste également au lever du
soleil - pas aux Petites Dalles bien sûr - ce qui ruine la
théorie de ces savants d’un soir.
En fait il s’agit d’un
phénomène lié à la réfraction de la
lumière rasante du soleil couchant, au passage à
l’horizon des couches superposées de l’atmosphère de
densité décroissante, qui jouent de ce fait le rôle
d’un prisme. L’effet de cette réfraction se traduit par une
courbure des rayons lumineux, d’autant plus accentuée que la
longueur d’onde est plus courte. Ainsi à partir d’une source
unique de lumière blanche composée, le soleil
situé à l’horizon, les rayons monochromatiques de couleur
verte, plus réfractés, sont alors plus courbés
vers la terre que ceux de couleur rouge. Ainsi le soleil ayant tout
juste disparu à l’horizon, le rayon vert, venant de
« derrière l’horizon » peut il encore
apparaître un instant à la vue, alors que le reste du
spectre, jaune orange et rouge, n’est plus visible.
Les
couleurs bleue et violette qui devraient subsister plus longtemps
encore que le vert sont quant à elle rendues invisibles au bord
de la mer par un autre phénomène dit de diffusion de
Rayleygh qui est à l’origine de la couleur bleue du ciel.
Toutefois on signale dans le désert du Colorado un
phénomène très rare d’un rayon bleu et même
d’un rayon violet et des photos exceptionnelles en témoignent.
L’apparition
de tels phénomènes nécessite un horizon tout
à la fois net et lointain, un air très sec et translucide
et les hautes pressions d’un anticyclone qui accentuent la
stratification des couches d’air de densités différentes.
Autant dire que ce type de configuration est relativement rare aux
Petites Dalles où il est plus fréquent de voir le disque
solaire se noyer dans la brume.
Le roman de Jules Verne
Ce
phénomène étant désormais, le fait est
entendu, visible aux Petites Dalles, certains Dallais audacieux, lui
attribuent l’inspiration de Jules Verne pour son fameux roman Le
Rayon Vert . Cette jolie anecdote mériterait d’être
diffusée si la chronologie des faits ne la rendait totalement
impossible. Au risque de m’attirer les reproches de quelques conteurs
déçus, il convient de préciser que Jules Verne ne
se manifesta aux Petites Dalles qu’à l’été 1899
alors que Le Rayon Vert fut écrit quelques 18 ans plus tôt
en 1881 et publié en 1882.
Encore est-il vraisemblable
que Jules Verne n’observa lui-même jamais le
phénomène, tant il est vrai que son roman n’en est en
fait qu’une quête infructueuse. Elle a pour cadre un lieu
improbable d ‘Ecosse, près d’Oban, où les vapeurs du
whisky local, jointes à celles de l’atmosphère rendent le
phénomène plus rare encore qu’aux Petites Dalles ?
Ainsi les héros, à la recherche du fameux rayon depuis de
longues semaines, se jettent-ils au moment fatidique, l’un de ces
regards qui fait basculer leur vie, et manquent in extremis
l’observation du rayon vert qui jaillit à leur insu… ce qui
dispense l’auteur d’en faire une véritable description. Mais
Miss Helena Campbell l’héroïne de Jules Verne
épousera tout de même Olivier Sinclair qui sut dans le
roman prêter foi à l’existence du rayon vert. Sans qu’il
l’ait finalement jamais vu, du fait de son égarement,
l’imagination féconde de ce peintre en fit néanmoins un
tableau qui aurait eu un grand succès à Glasgow.
Nul
doute alors que notre petite station, qui compte de nombreux peintres
de renom, verra exposées cet été, après
l’évènement de l’an passé, des toiles ainsi
libellées : coucher de soleil au rayon vert sur les Petites
Dalles.
Pierre-Olivier DREGE
